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Ressources, Note de position

La souveraineté numérique ne se certifie pas, elle se démontre⁠

Mon studio est hybride, comme presque toutes les structures de ma taille, et je ne bâtis pas une preuve en prétendant le contraire. J'ai déployé, en parallèle de mes outils courants, une architecture entièrement souveraine, uniy.ai, qui place sous mon seul contrôle ma communication, mes documents, mon code, mes données et l'infrastructure de mon travail agentique, sans aucun hyperscaler dans la chaîne. Je ne la certifie pas, je l'exploite tous les jours. Je ne prétends donc pas que mon studio est souverain. Je prouve que je sais construire souverain.

Auteur : Ludovic Perrot · Vérifié au : juin 2026 · Réactualisation : à chaque évolution de l'architecture, changements signalés · Niveau : dirigeant et responsable SI, sans prérequis technique

Définition

La souveraineté numérique par la preuve consiste à établir la maîtrise d'un système d'information non par un label délivré par un tiers, mais par la démonstration vérifiable qu'on l'héberge, l'administre et le contrôle soi-même, sous ses propres domaines et certificats, sans dépendance à un hyperscaler. Elle ne remplace pas la certification là où la loi l'exige. Elle l'incarne.

Mon studio est hybride, et c'est le point de départ honnête

Commençons par où la plupart des discours souverains trichent. Pour mon activité courante, j'utilise comme tout le monde des outils grand public, pratiques et largement adossés à des infrastructures non européennes. Je ne vis pas dans un bunker, et prétendre l'inverse se verrait à la première question précise.

La démonstration n'est donc pas que je serais pur. Elle est que, là où la souveraineté compte vraiment, j'ai prouvé que je sais la construire et la tenir. C'est une architecture parallèle, montée pour mon propre fonctionnement, et c'est elle que je donne à voir, défauts compris. La différence entre un studio qui parle de souveraineté et un studio qui en exploite une se mesure ici.

Qu'est-ce que j'ai construit, alors ?

Tout ce dont un studio a besoin pour travailler en souveraineté tourne sur une infrastructure que j'administre moi-même, sous mes propres noms de domaine et mes propres certificats.

Ma messagerie tourne sur mes propres serveurs, avec authentification d'expéditeur signée et politique de rejet strict des messages usurpés. La collaboration et le partage de documents passent par Nextcloud, le code et son suivi de projet vivent dans ma propre forge Forgejo, deux briques libres que je nomme parce qu'elles portent la démonstration à elles seules. Les données structurées de mon travail, mes secrets dans un coffre que je suis seul à ouvrir avec une double authentification générée hors ligne, tout le reste est auto-hébergé sous mes propres noms de domaine. L'ensemble est réparti entre un serveur souverain loué en France et un second nœud que j'administre, reliés par un tunnel chiffré. Même la mesure d'audience est auto-hébergée, plutôt que confiée à un service tiers.

Le schéma de principe ci-dessous montre la chaîne complète, ramenée à ses fonctions. La mention qui compte y est écrite en clair, aucun hyperscaler dans la chaîne, et les deux pièces qui font la différence y figurent, l'entrepôt de connecteurs souverains et le rapatriement de l'IA sur mes propres machines.

Schéma d'architecture d'IA souveraine : deux nœuds en France, tunnel chiffré, entrepôt de connecteurs MCP et IA auto-hébergée, sans hyperscaler.
Fig. Architecture d'IA souveraine, schéma de principe. Le périmètre reste en France, sous mon contrôle. L'entrepôt de connecteurs alimente aussi bien un modèle du marché aujourd'hui qu'une IA que j'héberge moi-même demain. La bande en pointillés est un chantier en cours, pas une capacité livrée.

Je ne décris pas un projet ni une intention. Je décris ce qui reçoit mes courriers, héberge mes documents et garde mes mots de passe pendant que vous lisez cette note.

L'entrepôt de connecteurs, ce qui reste stable quand l'IA change

Un élément du schéma mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est lui qui rend la souveraineté tenable dans la durée. Entre mes services et l'intelligence artificielle, il y a une couche que j'appelle l'entrepôt de connecteurs souverains, les outils que mes agents ont le droit d'utiliser.

Chaque connecteur suit la norme MCP, le Model Context Protocol, devenu le standard par lequel un agent accède à un outil. Chez moi, un connecteur est une brique isolée, un dépôt de code, une image, une adresse dédiée derrière mon proxy et mes certificats. Le jeton d'accès de chaque service reste dans le périmètre. L'agent obtient le résultat, jamais la clé.

L'intérêt est décisif. Cette couche ne dépend pas du modèle. Je consomme ces mêmes connecteurs depuis un assistant du marché aujourd'hui, depuis une IA que j'héberge moi-même demain, sans rien y changer. C'est l'IA qui se rapatrie, les connecteurs, eux, ne bougent pas. La réversibilité que j'annonce n'est donc pas un mot, c'est cette séparation qui la rend concrète, la partie américaine du schéma peut être remplacée sans toucher au reste.

C'est aussi ce que je transpose chez un client. On ne relie pas des agents directement à des outils dans la nature, on interpose une couche de connecteurs maîtrisés, où l'on décide service par service ce qu'un agent peut lire, écrire ou déclencher. La souveraineté de l'IA ne se joue pas seulement sur le modèle, elle se joue sur ce que le modèle a le droit de toucher.

Pourquoi « par la preuve » plutôt que « par la certification » ?

Le discours dominant tient la souveraineté par la certification. Un référentiel d'État, un audit, un label, et la qualification SecNumCloud comme seul marqueur vraiment reconnu. C'est utile, c'est même indispensable pour certains usages, j'y reviens. Mais à force, le débat a glissé vers une souveraineté de papier, où l'on coche des cases pendant que l'exploitation réelle reste opaque, parfois adossée aux infrastructures que l'on prétendait quitter.

Je prends le problème par l'autre bout. Une certification dit qu'un système a été jugé conforme à une date. La preuve montre qu'un système est tenu, au jour le jour, par quelqu'un qui sait exactement ce qu'il contient, où il est, et comment le reprendre en main. Les deux ne se valent pas, et surtout, elles ne répondent pas à la même question. L'une atteste, l'autre démontre.

Mon pari éditorial est simple : sur ce terrain, la démonstration manque. Beaucoup revendiquent la souveraineté, peu la donnent à voir sur leur propre maison. C'est cette place que j'occupe, en montrant la mienne, hybride assumée et architecture souveraine comprises.

Certification ou preuve : que dit vraiment chacune ?

Le tableau ci-dessous n'oppose pas la preuve à la certification pour disqualifier l'une au profit de l'autre. Il les remet chacune à sa place.

CritèreCe que dit une certification (par exemple SecNumCloud)Ce que montre la preuve par l'architecture
NatureUn label délivré par un audit tiers, à une date donnéeUne exploitation réelle, observable et continue
Ce qu'elle établitLa conformité à un référentiel d'exigencesLa maîtrise effective du système et de ses données
Ce qu'elle ne dit pasQue le système est réellement tenu au quotidienQue le système est conforme à un référentiel d'État
À qui c'est accessibleAux opérateurs qualifiés, au prix d'un investissement lourdÀ toute structure qui exploite vraiment son système, à sa taille
Pour vos données réglementéesC'est le prérequis attenduElle ne s'y substitue pas, elle le complète

La lecture honnête de ce tableau tient en une ligne. Si la loi ou votre donneur d'ordre exige une qualification, la preuve ne la remplace pas. Partout ailleurs, c'est la preuve qui distingue une souveraineté réelle d'une souveraineté affichée.

Suis-je SecNumCloud ?

Non, et je ne le revendique pas. Mon architecture est souveraine par conception, auto-hébergée en France, sous mon contrôle. Elle n'est ni auditée ni qualifiée, et je ne le présente pas autrement. Pour des données soumises à une exigence réglementaire, l'hébergement qualifié reste un prérequis que j'identifie clairement comme hors de mon périmètre actuel.

Je préfère cette réponse à la formule commode qui consisterait à laisser planer un doute. Un studio à taille humaine qui prétendrait au niveau d'un opérateur qualifié se trahirait à la première question précise. Dire ce que je ne suis pas est la condition pour qu'on me croie sur ce que je suis.

Référence, le référentiel SecNumCloud de l'ANSSI, version 3.2 (mars 2022), plus de 360 exigences réparties en 14 thèmes, intégrant des exigences de protection vis-à-vis des droits extra-européens. cyber.gouv.fr. Vérifié juin 2026.

Et l'IA, justement : sur quels modèles tournent vos agents ?

C'est la question qui me revient le plus souvent, et c'est la dépendance que je n'ai pas levée. Pour obtenir le meilleur résultat sur des usages non sensibles, j'emploie les modèles d'IA les plus performants, qui sont aujourd'hui américains. Je le dis plutôt que de l'habiller.

Deux choses tiennent cette dépendance à sa place. D'abord, toute l'architecture autour du modèle est souveraine, ce qu'il lit, ce qu'il écrit, ce qu'il déclenche, les données qu'il touche, tout cela reste chez moi, sous mon contrôle, supervisé, sans autonomie en zone sensible. Ensuite, le modèle n'est pas soudé au reste, quand la sensibilité d'un usage l'exige, je bascule vers des modèles ouverts que je fais tourner moi-même.

Surtout, cette dépendance, je suis en train de la fermer. J'investis dans une capacité d'IA souveraine auto-hébergée, sur mes propres machines, des cartes GPU professionnelles et une station d'inférence compacte, qui exécutent des modèles ouverts sur mes propres machines, sans rien envoyer dehors. Trois chantiers ouvrent la voie, et ce sont précisément ceux qu'on ne confie pas à une API étrangère, l'audit de corpus documentaires souverains, là où se loge le capital de savoir-faire d'une organisation, le développement de code sensible jusqu'à la rétro-ingénierie en langage C, et la création de multimédia génératif où l'auto-hébergement coupe court à la facture de tokens. Ces chantiers sont en cours, je ne les présente pas comme acquis. Mais le matériel est là, et la réversibilité que j'annonce, je la construis, je ne me contente pas de la promettre.

C'est la même exigence que je tiens chez mes clients, l'agentique se déploie avec supervision humaine et la décision qui engage reste humaine. Ce n'est pas une précaution de façade, c'est la ligne posée par les autorités elles-mêmes.

Références, ANSSI, Recommandations de sécurité pour un système d'IA générative (guide ANSSI-PA-102, 29 avril 2024), 35 recommandations réparties par phases. cyber.gouv.fr. Et CERT-FR, Vulnérabilités et risques des produits d'automatisation par IA agentique sur les postes de travail (CERTFR-2026-ACT-016), qui recommande de proscrire les agents autonomes en production sur postes de travail tant qu'ils ne sont pas éprouvés, et de cantonner l'expérimentation à un environnement isolé sous validation des équipes de sécurité. cert.ssi.gouv.fr. Vérifié juin 2026.

Ce que cette démonstration prouve, et ce qu'elle ne prouve pas

Elle prouve une chose, et elle la prouve réellement, je sais concevoir et exploiter un système d'information complet, souverain, sans dépendance aux hyperscalers, avec des données en France et sous mon contrôle. Pour une PME ou une ETI qui veut reprendre la main sur une partie de son système sans perdre en qualité de service, ce savoir-faire est directement transposable à sa taille.

Elle ne prouve pas que mon studio serait entièrement souverain, il est hybride et je l'assume. Elle n'établit aucune conformité réglementaire. Elle est portée par une structure à taille humaine, ce que je préfère afficher plutôt que de feindre une redondance que je n'ai pas. Et la sauvegarde hors site, chiffrée et restauration testée, est le dernier palier de cette architecture. Tant qu'elle n'est pas bouclée et vérifiée, je n'emploie pas le mot continuité.

C'est précisément parce que je nomme ces limites que la démonstration tient. La preuve sans ses réserves ne serait qu'une plaquette mieux écrite.

Pour qui est-ce un argument, aujourd'hui ?

Pour les PME et les ETI civiles soucieuses de la souveraineté de leurs données et d'une sortie, même partielle, des géants américains. Conseil, industrie, santé et professions juridiques attachées à l'hébergement européen et au RGPD, acteurs publics locaux. Pour ces organisations, mon architecture n'est pas un argument de vente, c'est un savoir-faire que je transpose à leur échelle, avec leurs contraintes, sans leur vendre un niveau qu'elles n'ont pas besoin de payer.

En bref

Les questions qu'on me pose.

Votre studio est-il souverain ?
Non, il est hybride, comme presque tous. Ce que j'ai rendu souverain, c'est une architecture parallèle complète, uniy.ai, que j'exploite pour mon propre fonctionnement. Je ne prétends pas être pur, je prouve que je sais construire souverain.
Peut-on être souverain sans SecNumCloud ni hyperscaler ?
Oui au sens de la maîtrise de conception, héberger, administrer et contrôler son système soi-même, en France, sans dépendance américaine. Non au sens réglementaire, pour des données qualifiées, l'hébergement qualifié reste un prérequis distinct.
Sur quels modèles d'IA tournent vos agents ?
Sur les plus performants pour la tâche, aujourd'hui américains, pour des usages non sensibles. L'architecture autour reste souveraine et supervisée. Et j'industrialise une IA souveraine auto-hébergée, sur des GPU que j'héberge moi-même, pour rapatrier par étapes les usages sensibles, audit de corpus souverains, code sensible et rétro-ingénierie, multimédia génératif sobre en tokens.
Que devient votre architecture quand vous changez de modèle d'IA ?
Rien d'essentiel. Les connecteurs souverains, la couche par laquelle les agents accèdent aux outils et aux données, ne dépendent pas du modèle. On remplace l'IA, du marché vers une IA locale, sans toucher au reste. C'est ce qui rend le rapatriement possible par étapes.
Une architecture auto-hébergée vaut-elle une qualification ?
Non, ce sont deux réponses à deux questions. La qualification atteste une conformité à une date. La preuve montre une maîtrise au quotidien.

Tenue à jour

Cette note décrit un système vivant.

Elle est réactualisée à chaque évolution notable de l'architecture, les changements signalés en tête, et la date de vérification dans le cartouche fait foi. Si vous lisez une version de plus de six mois, demandez-moi la dernière.

Historique, v1 · juin 2026 · première publication.

Et si vous vouliez la même chose chez vous

La concevoir est mon métier. La bâtir en est un autre.

Cette architecture, je ne la vends pas, je la conçois et je l'exploite. La concevoir pour votre organisation, c'est le métier du studio. La bâtir et la tenir au quotidien, serveurs, hébergement, sauvegarde, exploitation, c'est un autre métier, celui d'un partenaire du socle numérique avec qui je travaille, chacun dans le sien. Vous gardez un interlocuteur unique pour l'intention et le dessin, sans confondre celui qui conçoit et celui qui tient l'infrastructure.

Créer votre stack souveraine commence toujours par la même question, qu'est-ce qui, chez vous, doit vraiment repasser sous votre contrôle, et à quel niveau.

Et chez vous

Votre système d'information est-il sous votre contrôle, ou seulement réputé souverain ?

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